TPL, anxieuse et hypersensible. Témoignage Ma part d’ombre

Tpl le trouble de personnalité limite se mettre à nue

Quand Émélie a lancé l’invitation d’écrire son parcours en lien avec la santé mentale, je me suis dit que ce serait une bonne idée et j’ai sauté sur l’occasion. Mais maintenant que je me retrouve à devoir coucher les mots sur l’écran, j’ai une boule dans la gorge et la peur au ventre. Cette peur qui me bouffe au quotidien et qui m’empêche de respirer et contre qui je lutte chaque jour.
Je vais commencer simple: Je m’appelle Elina et voici mon histoire.

J’ai 32 ans, je suis maman d’un petit poupou et je suis la fondatrice de la maison d’édition féministe Prolepse. Puis en passant, j’ai un trouble bipolaire et un trouble de la personnalité limite (ou borderline/TPL pour les intimes) avec anxiété majeure et hyperempathie/sensibilité. À première vue on se demande pourquoi je précise ce dernier détail. Il a son importance, car en tant qu’entrepreneure, il est une des raisons de mon plongeon dans le vide et le WHY qui me booste chaque jour.
C’est la première fois que je le marque aussi clairement: je suis TPL,  j’ai une maladie mentale. Elle est handicapante et a failli me tuer plus d’une fois. Elle ne partira jamais et il a fallu que nous apprenions à cohabiter dans le même corps, même si des fois elle tente de m’en déloger à coups d’exacto. Mais elle ne me définit pas: je suis une femme, féministe, propriétaire d’une entreprise, maman, épouse, amie, écrivaine, une survivante, racisée, pansexuelle. Je suis douce, rebelle, agressive, colérique, créative, aimante, destructrice, courageuse, déterminée, peu sûre de moi. Mais je ne suis pas ma maladie. Si je n’en parle pas et que vous n’êtes pas dans mon cercle intime, vous ne le saurez jamais, vous ne vous en douterez même pas.
J’ai appris à mentir, comme une addict, à mes proches, mes employeurs, ceux que j’aime, ceux que je combats, ceux avec qui je fais l’amour, ceux que je cajole. Et plus j’aime une personne, moins j’ai envie de le dire, pour la protéger de moi. Je ne veux pas être prise en pitié et encore moins montrer ce que j’ai longtemps considéré comme ma plus grande faiblesse.

Alors aujourd’hui, écrire tout cela est pire que de mettre une image de moi nue en photo de profil Facebook, là, vous devez vous demander l’intérêt que j’ai à faire ça, si c’est si pénible pour moi. Aucun à première vue, à part faire fuir mes client-es potentiels et mes connaissances. Et même moi, je me demande ce qui me pousse à balancer ça sur la blogosphère. Je n’ai pas la prétention d’aider qui que ce soit ou de changer la face du monde. D’un point de vue super égoïste, je crois que j’ai besoin d’arrêter de mentir. Parce que c’est lourd le mensonge. 

Mon éléphant est dans la pièce depuis bien longtemps déjà et je crois que je l’ai tellement nourri qu’il prend maintenant beaucoup trop de place et que je ne peux plus lui tourner autour sans me cogner partout. Si ça continue, il va m’expulser de notre chez nous sans que j’ai mon mot à dire. Et s’il y a quelque chose que j’ai toujours refusé, c’est de baisser les bras sans me battre.

Tpl, trouble de personnalité limite et bipolarité . The elephant in the room

Je ne saurais même pas vous dire quand le TPL et la maladie sont apparus. Ça a été insidieux. Elle s’est faite passer pour une crise d’adolescence ou du moins, on a tenté de me faire avaler la couleuvre. Ma vingtaine n’a pas été une période de fête et de jubilation universitaire. J’ai étudié jusqu’à en perdre le souffle, c’était ma raison de vivre, Ça a été une fuite en avant, dans un univers qui ne me convenait pas, mais où j’essayais de me convaincre du contraire.

J’ai cependant rencontré dans ces années, mes meilleurs amis, qui même à 20 000km de moi aujourd’hui sont mes ancres. Un des traits du TPL est d’être excessive, impulsive et souvent autodestructrice, car incapable de remplir le vide au fond de moi et paniquée à l’idée d’être abandonnée. Travailler me permet d’oublier, mais il faut que je fasse attention à ne pas m’épuiser à la tâche, ne sachant pas faire les choses à moitié.

Je vais vous raconter une petite anecdote. La 1re fois que j’ai essayé d’arrêter de m’automutiler, j’ai compensé d’une manière encore plus destructrice. Je me suis enfermée dans une relation de couple violente. J’étais persuadé de le mériter et que c’était tout ce que je valais. Je ne l’aimais pas, il ne m’a fait que du mal. Le jour où j’ai décidé que c’était fini, j’ai rompu pour de bon, mais le mal était fait. J’ai enchaîné avec une autre histoire qui de l’extérieur était un conte de fées, mais qui de l’intérieur était un enfer. Je me suis mariée avec mon bourreau, que je prenais pour mon sauveur. 

Quand il m’a quitté pour vérifier si je venais ramper pour qu’il me reprenne j’ai inspiré un bon coup et j’ai demandé le divorce. La procédure a été longue, pénible et douloureuse, mais pour la 1re fois de ma vie je me sentais libre. Entre temps, j’avais subi d’autres dommages mentaux et physiques, j’avais déménagé pour lui à 6000km, j’étais brisée. 

J’avais deux choix: abandonner ou attraper le pot de glu et essayer de recoller ce qui pouvait encore l’être. Ma chance: avoir un entourage sur qui compter. Je me suis rendu compte que j’étais beaucoup moins seule que je le pensais, que j’étais beaucoup plus forte que ce que je voyais dans le miroir et que je n’avais pas forcément besoin de mentir tout le temps.

À suivre…

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