Le sucre, la santé et l’anxiété.

 

Il y a quelques années, j’ai consulté une physiothérapeute pour une blessure de course à pied. Pendant mon bilan de santé,  je me suis montrée franche : pas de café, pas d’alcool, pas de drogue, pas de cigarette… mais beaucoup de sucre. Je trouvais mon régime plutôt raisonnable ! Mais la réponse de la physio m’a brutalement tirée de mon illusion : « Je préférerais que tu prennes de la drogue et de l’alcool plutôt qu’autant de sucre. » Et vlan!

On le dit de plus en plus : le sucre, c’est néfaste. Les recherches scientifiques le mettent en relation directe avec le diabète, l’obésité, les caries, les problèmes cardiaques, alouette. On commence aussi à documenter des liens étroits entre l’alimentation et la dépression.

Dans cette optique, l’Organisation mondiale de la Santé a récemment diminué à 5% sa recommandation pour l’apport énergétique quotidien provenant du sucre, pour un adulte. Or, dans un article paru en 2014 dans La Presse, on apprenait que « les sucres représentaient [en 2004] 21,4% de l’apport énergétique total quotidien des Canadiens. » Soit quatre fois plus. Ouch!

Une histoire d’amour-haine

Pour ma part, ma longue histoire d’amour avec le sucre se métamorphose, lentement mais sûrement, en histoire d’amour-haine. Un combat quotidien entre le besoin et la gourmandise, l’habitude et l’orgueil, le plaisir et la santé.

Le sucre, c’est ma drogue, mon wake up, mon bonheur gustatif, ma récompense, ma consolation, mon habitude. Mais il est aussi un puissant catalyseur d’anxiété, d’humeurs changeantes, de nervosité et de fatigue. Un portrait (peu glorieux, on s’en doute) de ma santé à l’époque : manque d’énergie, humeur en montagnes russes, épisodes dépressifs récurrents et intenses. Sans le savoir, j’exemplifiais les observations de la nutritionniste Hélène Baribeau : « les personnes qui ont un goût très fort pour le sucre sont celles qui ne mangent pas de façon équilibrée. » C’était tout à fait mon cas!

OK, on se le dit tout de suite : le sucre n’était pas le seul responsable de mon état. Loin de là! Il n’empêche qu’au cours des années, en travaillant sur moi-même et sur ma santé, j’ai découvert à quel point le sucre est étroitement mêlé à mon état, autant physique que mental. Il ne cause pas les épisodes d’anxiété, mais il les exacerbe. Diminuer le sucre, c’est diminuer l’intensité des crises.

Le sevrage

Néanmoins, même consciente de cette relation malsaine depuis longtemps, j’étais incapable de tout couper. Un sevrage drastique s’avérait inimaginable : une seule journée sans « cochonnerie » et mon système tombait en manque. Mal de tête, fatigue, irritabilité…

Ce qui fonctionne pour moi, et pour plusieurs personnes, c’est un sevrage graduel, c’est-à-dire une diminution des quantités petit à petit, ici et là. J’ai essayé plusieurs trucs au fil des ans, avec différents degrés de succès. Je vous présenterai les trois qui fonctionnent le mieux dans la deuxième partie de l’article.

Le point tournant de mon mode de vie? Il arrive en 2014, lorsque j’ai dû subir l’ablation de ma vésicule biliaire parce qu’elle était remplie de pierres. Oui, oui, comme des pierres aux reins! Comme je ne suis ni obèse ni vieille et que je n’ai pas eu d’enfant, la seule explication de cette condition réside dans mon alimentation épouvantable et ma sédentarité féroce pendant près de vingt ans.

Cette opération est survenue à une période de ma vie où je frappais des murs dans plusieurs aspects de ma vie : santé physique, santé mentale, amour, travail, famille… J’étais au pied du mur et au fond du puits, à l’ultime croisée des chemins, en proie à un énième et très intense épisode dépressif.

Heureusement, je m’en suis sortie. Et j’ai décidé de procéder à de grands changements pour ne plus jamais revivre une telle détresse.

Des changements importants

J’ai commencé à prendre une médication pour contrôler l’anxiété et la dépression. Ensuite, j’ai consulté une psychologue pour faire du ménage dans ma tête. J’ai adopté la course à pied, qui joue un rôle important dans ma remise en forme, autant physique que psychologique. J’ai amorcé un cheminement important qui s’échelonne sur plusieurs années et qui m’a graduellement amenée à modifier mon régime alimentaire.

La course à pied sans vésicule biliaire s’avère très instructive à propos du fonctionnement du corps humain! Comme je m’étais fixée un objectif ambitieux, je m’entraînais sérieusement et j’ajustais mon alimentation en conséquence. Agir ainsi pendant plusieurs mois a fait des miracles sur ma santé mentale!

De plus, il y a deux ans, j’ai effectué un défi « 3 fruits différents par jour pendant 21 jours ». J’essaie de maintenir cette routine même si c’est difficile, parce que les bénéfices sont évidents. Les journées à 3 fruits sont celles où je me sens le plus énergique, tandis que, les autres jours, je dormirais tout le temps. Mon humeur est meilleure, ma patience et ma concentration augmentent énormément. De façon générale, mon état psychologique est plus stable.

Je le répète : l’alimentation n’est pas seule en cause. Il y a tout un contexte à considérer, et il peut être complexe selon l’individu. Dans mon cas, on parle de prise de médication, de changements saisonniers de température et de luminosité, d’hormones et d’alimentation, de gestion des imprévus, d’équilibre fragile entre stimulation et repos, etc.

Par ce défi, j’ai pu constater que moins je consomme de sucre, moins je ressens l’envie d’en consommer. Ça demande de la volonté, surtout au début, mais toutes les envies finissent par passer. Chaque « bataille » devient plus facile, jusqu’à ne plus exister du tout. Je ne me force plus à manger du dessert si je n’ai plus faim, juste pour profiter du goût. Et je me permets des biscuits ou du gâteau lorsque j’en ai envie… en portion modérée!

Le défi de la boisson gazeuse

Ces temps-ci, je travaille surtout à réduire la quantité de boisson gazeuse que j’ingère. Il s’agit de la faille dans mes bonnes résolutions, de mon talon d’Achille… et j’ai récemment compris pourquoi.

Dans mon esprit, la boisson gazeuse est associée au plaisir et au repos. D’ailleurs, je ne suis pas la seule dans cette situation, puisque des études montrent que le cerveau est stimulé par la consommation de sucre de la même façon que par la prise de drogues. Le sucre agit sur des zones cérébrales liées au plaisir et à la récompense, en plus d’être souvent associé à des moments agréables (dessert, gâterie, fêtes, etc.).
Ça peut paraître ridicule pour certains, mais couper la boisson gazeuse bouleverse un aspect majeur de ma vie.

Les associations au « sucre liquide » sont multiples et fortement ancrées dans mon quotidien. J’en bois quand j’écris (je suis auteure et blogueuse), quand je fais mes travaux scolaires (je viens de retourner aux études), pour remplacer le café le soir (je m’endors dès 21h), pour festoyer dans les partys (je ne bois pas d’alcool)… Et pour accompagner une panoplie de plats : spaghetti, pizza, burger, malbouffe, sandwichs, popcorn (auquel je suis aussi accro)…

 
Bref, c’est une bonne partie de mon mode de vie que je dois changer!
J’ai pris mon courage à deux mains plusieurs fois. J’ai déjà essayé de ne plus en acheter, carrément. Ça a échoué parce que, même si j’évitais rigoureusement l’allée fatale à l’épicerie, je courais au dépanneur plus tard dans la soirée. Sans parler des distributrices au bureau! J’ai aussi tenté de diminuer la quantité consommée par jour. Ça n’allait pas trop mal, mais les dérapages étaient trop faciles.

Volonté et indulgence

Ces temps-ci, j’essaie une autre approche : je me permets de boire une canette un jour sur deux. Ça fonctionne assez bien, surtout après avoir résisté aux rages de sucre de la première semaine. Je bois beaucoup plus d’eau et je mange des fruits à la place, ce qui me procure du sucre, mais pas la caféine et les autres cochonneries contenues dans les boissons gazeuses.

Honnêtement, je déploie surtout énormément de volonté. Car il n’y a pas de magie!
Je pense aux moments de fébrilité, d’énervement et d’impatience qui caractérisent mes manques de sucre, et je résiste. Je me concentre sur la sensation de contrôle et sur la stabilité de mon humeur. Sur la diminution de mes crises d’anxiété et sur la disparition des symptômes dépressifs. Sur tout ce que je gagne en ne succombant pas au plaisir éphémère et trompeur de quelques gorgées pétillantes.
Au bout de deux semaines, la journée sans boisson gazeuse est déjà beaucoup moins pénible. Je commence même à envisager de passer à un jour sur trois… ce à quoi une partie de moi se rebelle, comme si on lui retirait injustement un plaisir. C’est simplement une manifestation des associations mentales que je dois modifier. La bataille n’est pas gagnée!

Se donner le temps

Et c’est correct. Le sucre est une drogue insidieuse, car on ne peut jamais cesser complètement sa consommation. Y aller graduellement et sans culpabilité est la meilleure façon de procéder pour moi. Chaque diminution est une victoire sur laquelle me concentrer lorsque le manque se fait sentir.
Au cours de mon cheminement, j’ai appris à me montrer plus indulgente envers moi-même. À ne plus me critiquer sans fin lorsque j’échoue dans un défi. À adapter mes méthodes et à nourrir ma force intérieure : volonté, résilience, persévérance.

En somme, en diminuant le sucre et en améliorant mon alimentation, je rends mon esprit moins frénétique, moins prêt à sauter sur n’importe quelle conclusion émotive (et souvent négative). Je suis plus apte à réfléchir, à analyser une situation et à m’adapter. Assurément, je ne retournerais pas en arrière!

Ne manquez pas la partie 2 de ce billet pour connaître mes trucs et astuces afin de réduire votre consommation de sucre. Il sera en ligne dès la semaine prochaine.

 

Référence :
Passeport santé « Les alternatives au sucre »

 

À propos de l’auteure

 

 

 

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