Quand l’abandon forge ton trouble de personnalité limite

J’ai le trouble de la personnalité limite. Bon c’est dit ! Ce n’est pas quelque chose de facile à avouer, alors soyez indulgents. Tu ne jases pas de ça dans un souper entre collègues de travail ou dans un shower de bébé, crois-moi. « Aille Alex ! Comment va ton trouble ? Très bien merci et toi comment va ton petit dernier ? » Non ! C’est un trouble que tu gardes en dedans, que tu caches question de te faire accepter par les autres. Pourquoi ? Parce que la société voit les TPL comme des fous, des gens incontrôlables, des boules d’émotions. Et en partie, ce n’est pas faux… c’est ce qui fait le plus mal…

Mais comment ai-je attrapé ce trouble ?

Bon je sais, je vais encore parler de mon père. Mais que veux-tu, c’est le point de départ du trouble qui peut me transformer en Hulk (tu veux lire un texte sur l’histoire de mon père? Papa m’as-tu déjà laissé être ta petite fille). J’ai eu une drôle de relation avec mon papa. Il était présent physiquement, mais mentalement c’était tout autre. Il ne m’a jamais serré dans ses bras ou dit « Je t’aime ». Sté la base pour que l’amour propre se construise ? Je n’ai même jamais eu le complexe d’Œdipe. Tu peux facilement imaginer comment c’était froid entre nous. En vieillissant, un fossé s’est automatiquement créé entre lui et moi. Le vide, c’est vers 6-7 ans que j’ai commencé à le ressentir. Le sentiment d’abandon ? Tout aussi jeune. Je me sentais invisible à ses yeux. Jamais bonne, jamais belle et jamais « Correct ». C’est alors qu’insidieusement, le trouble de la personnalité a formé son nid dans mon cœur et dans ma tête.

Des excès j’en ai fait !

Évidemment, pour remplir ce vide intérieur j’ai vécu… Jamais seule avec moi-même, toujours à la recherche de sensation qui me permettait de ne pas me sentir morte en dedans. Le métier que je pratiquais à l’époque (coordonnatrice de disque et de spectacle et productrice) me donnait tout ce dont j’avais besoin pour ne pas faire face à ma réalité. Les lancements et les spectacles à tous les jours, la boisson, le regard admiratif des gens lorsque tu parles de tes activités, les fêtes privées et j’en passe. Je ne manquais aucune occasion de vivre. Et cette vie n’était pas réelle. Les gens que tu côtoies t’aiment pour ce que tu fais et non pour qui tu es. Mais who cares! Je ressentais de l’amour et c’était le principal.

Qu’en était-il de mes relations amoureuses.

Je peux te les expliquer en un mot : d-é-s-a-s-t-r-e-us-e-s. Comment peux-tu aimer quelqu’un lorsque tu ne t’aimes pas toi-même ? Impossible. Tu essaies et tu forces les choses, car ton besoin d’amour est plus fort que l’amour que tu as réellement. Ce que tu souhaites c’est ressentir. Mais pour te dire la vérité, j’ai ressenti beaucoup plus la douleur que le bonheur. Tu ne comprends tellement pas pourquoi la personne à tes côtés est là que tu fais tout pour qu’elle parte. Ridicule, hein ? Je t’explique. Je me trouvais moche et avec aucune qualité. Tu te dis, bientôt l’homme s’en rendra compte et me quittera. Alors tu t’accroches de plus en plus… Tu deviens dépendante affective, car tu veux profiter du peu de temps que tu as avec cette personne si merveilleuse (tout ça est dans ta tête bien évidemment). La jalousie embarque, car tu passes ton temps à te dénigrer et à mettre les autres sur un pied d’estale. Alors, lorsqu’une chicane survient, tu deviens tellement insistante, tellement « freak » que la personne te donne ce que tu voulais. Son départ. Ce qui te renvoie exactement aux raisons de ton trouble, l’abandon de ton père! Tu te détestes tellement, car tu lui donnes raison de t’avoir quitté.

La maturité prend un jour le dessus.

Après une thérapie spécialisée de jour à l’institut Louis-H-Lafontaine en 2007 et plusieurs années de travail sur moi, je me sens bien. Je vis mieux avec la bête. J’ai appris à la contrôler et surtout, j’ai appris à m’aimer. C’est un long processus, je ne te le fais pas dire, mais j’y arrive tranquillement. Je suis fière du chemin parcouru. Je ne suis pas à l’abri, car madame anxiété s’en mêle, mais je travaille fort. J’accepte qui je suis et j’assume mes faiblesses. Je n’hésite pas à demander de l’aide lorsque j’en ressens le besoin. Je suis maintenant mariée et j’ai une petite fille de 4 ans. Je les aime d’un amour vrai et sincère. Enfin, j’y suis arrivée.

Alexandra,

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