Je touche du bois : la vie d’une émétophobe.

Je pense que tout a commencé en maternelle lorsque j’avais 5 ans, un petit garçon était tout près de moi et a vomi. La minute d’après, j’avais peur, j’étais écœurée et je voulais rentrer chez moi. Je m’en souviens comme si c’était hier. Aujourd’hui j’ai 25 ans et je suis encore émétophobe. Je crois qu’il n’y a pas un jour où je ne pense pas à cette phobie.

J’ai, au cours de ma vie déjà vomi, eu plusieurs gastros, et à chaque fois c’était le drame; je hurlais, pleurais, courrais partout et refusais d’admettre que cela m’arrivait. Par chance, ma mère a toujours été très patiente et présente pour moi. Elle a toujours essayé de comprendre cette peur et de faire du mieux qu’elle pouvait. C’est vraiment une chance, car malheureusement cette phobie est très souvent incomprise et tout le monde n’a pas le luxe d’être entouré.

Être incomprise lorsqu'on vis avec l'émétophobie.

Lorsque je parle de ma phobie, les autres se mettent souvent à rire, ou bien me répondent « moi aussi je déteste vomir ». Personne ne se rend vraiment compte des milliers de pensées qui submergent l’esprit d’un véritable émétophobe ! Je suis sans arrêt en train d’analyser chaque sensation dans mon ventre, je fais attention aux aliments que je mange et je ne mange d’ailleurs jamais trop pour éviter les ballonnements ou l’indigestion ! L’hiver, je deviens littéralement dingue. Je ne pense plus qu’à la gastro, j’écume les sites d’épidémies, je grappille chaque information sur l’évolution des virus. Je me lave les mains à outrance et nettoie toutes les poignées de porte de mon appartement !

Par moments j’aimerais mettre mon esprit en veille. J’aimerais que toutes ces angoisses me laissent en paix juste quelques heures. J’aimerais pouvoir profiter de chaque moment sans avoir besoin de tout contrôler.

Mettre son esprit en veille. Switch on/off lorsqu'on vis avec la phobie de vomir

Ah le contrôle… parlons-en ! C’est peut-être ça le problème, je souhaiterais savoir tout ce qui se passe en détail dans mon corps, et pouvoir le contrôler pour ne pas être prise au dépourvu. Je voudrais contrôler mes pensées et les transformer en positif, je voudrais tellement que le vomi n’existe pas en fait. C’est triste de se gâcher la vie pour un processus totalement naturel, c’est ce que j’essaye de me dire à chaque crise de panique.

J’ai essayé beaucoup de choses pour calmer cette peur : des psychothérapies, des séances d’acupuncture, d’hypnose, de réflexologie… mais rien n’y fait.

Pendant le lycée, cette peur m’a carrément éloigné de tout le monde et je me renfermais sur moi-même. J’avais peur des autres, des salles bondées, et des pièces closes, je pleurais tout le temps. J’étais devenue une ombre. J’ai mis un an pour me remettre de cette dépression, et ce avec des médicaments.

Au départ, je vouais un culte pour ces antidépresseurs et ces anxiolytiques, j’avais la sensation que c’était la solution-miracle à tous mes maux. Je sortais, j’avais des amis, j’allais en cours, j’oubliais le vomi, bref la vie redevenait belle. Et puis au bout de deux ans j’ai fini par me rendre compte que j’avais besoin de plus. Voilà maintenant presque 3 ans et demi que je tente d’accepter et de vivre avec cette phobie. Je me suis tournée vers les huiles essentielles, qui parviennent souvent à m’apaiser lors de mes crises.

J’espère toujours au fond de moi, qu’un jour, cette peur ne soit plus qu’un infime grain de sable m’ayant empêché d’avancer l’espace d’un instant. Voilà maintenant presque 15 ans que je n’ai pas vomi ( je touche du bois), et j’espère de tout cœur que cela dure!

Cécile

2 thoughts on “Je touche du bois : la vie d’une émétophobe.

  1. Merci pour ces articles et ces témoignages sur l’émétophobie !
    Après toute ces années, C’est toujours aussi rassurant de voir que nous ne sommes pas seule et ça fais toujours un petit quelque chose de se reconnaître aussi. ?

    1. Bonjoir Marine, merci pour votre commentaire. ? Effectivement nous ne sommes pas seules à vivre avec cette phobie.

      Je vous souhaite une très bonne année 2018 et d’avancer vers la guérison. ?

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