La ligne mince entre bien manger et le trouble alimentaire.

 

 

Aujourd’hui j’vais vous raconter l’époque pendant laquelle j’ai été une funambule malgré moi. Le temps où je marchais sur le mince fil de fer qui sépare l’alimentation saine et le trouble alimentaire. Peut-être que je vous l’apprends ou peut-être pas, mais mars, c’est le mois de l’alimentation et de la nutrition. Les câlins ont leur journée internationale, les zones humides et les gauchers aussi mais l’alimentation, c’est tellement important et c’est tellement gros que ça prend un mois au complet. Rien de moins!

C’est vrai que c’est big l’alimentation. On s’entend qu’elle est absolument essentielle à la vie. En Occident, on lui consacre un temps fou. Il y a des centaines de milliers de livres et presque autant d’émissions de télé! L’alimentation, on aime ça, ça nous rassemble, en plus ça nous unit. Sauf que: quand ça prend toute la place, c’est peut-être trop!

La diète!

Y’a de ça presque quatre ans maintenant, j’ai décidé de perdre du poids. C’est pas tant que je me trouvais « grosse » mais j’avais tellement de misère à m’habiller! 5’8’’, 175lbs, épaules larges, petite poitrine, bourrelets de côté et hanches… on aurait dit que les vêtements s’étaient passés le mot pour ne pas m’aller! Ça fait que, j’me suis dit que si je perdais une vingtaine de livres dans les foufounes, le bedon pis les cuisses, le problème serait réglé! On était au début du mois de septembre, je recommençais une nouvelle session à l’université et je trouvais que c’était le bon moment pour prendre un nouveau départ! J’ai donc commencé Weight Watchers.

C’pas mêlant, les premières semaines le changement a été FUL-GU-RANT. Juste en modifiant mon alimentation et en gérant mieux mes portions, j’ai fondu, littéralement, sans avoir faim et sans ressentir de privation. Après deux semaines, j’avais perdu 10 livres. Après 3 semaines, il fallait que j’attache mes pantalons avec un élastique dans le côté. Un mois plus tard, j’étais dûe pour une nouvelle garde-robe complète. J’en revenais pas et après deux mois, je continuais à maigrir sans problème.

 
Tout le monde m’en parlait, tout le monde me complimentait. C’est plate ce que je vais dire, mais c’est quand même la vérité : je ne m’étais jamais sentie aussi bien dans ma peau, aussi confiante et aussi fière! Ça aussi c’est plate, mais le regard que les autres portaient sur moi avait réellement changé. Rendue à la fin du mois de novembre, j’avais une toute nouvelle silhouette et je pouvais m’acheter tous les vêtements que je voulais, sans problème. Je capotais de bonheur!

Ma visite chez le médecin.

Pis un jour, au début du mois de décembre, je suis allée chez le médecin pour un examen de routine. Quand elle m’a pesée, elle a changé de face et elle a vérifié ses notes… Elle m’a demandé si j’avais perdu du poids (c’était évident) et si c’était volontaire. Je lui ai répondu avec toute la fierté du monde que oui, j’avais perdu du poids et que oui, c’était volontaire. Elle a fait 3-4 petits calculs rapido sur le coin d’une feuille et elle m’a dit : « Tu as perdu 40 livres depuis la dernière fois que je t’ai vue. Avec ta taille, tu es rendue à un indice de masse corporelle de 21. Ta reprise en main est excellente, bravo, mais maintenant, arrête, ça suffit. Tu ne dois plus maigrir «  (peut-être pas avec ces mots exacts, exacts mais c’est ça que ça voulait dire. Terriblement ça.)

Savez-vous quoi? J’étais déçue qu’elle me dise ça. Presque triste même. J’avais l’impression que j’aurais pu en perdre encore! Que j’aurais pu changer mon corps encore plus! Pis là, pouf! Mon médecin me disait d’arrêter… Ben cette journée-là, mon médecin de famille m’a peut-être sauvée…

 
Quand je me suis rendue compte que ça me faisait de la peine d’arrêter de maigrir, j’ai eu peur. Sans joke, j’ai vraiment eu peur. Je me suis sincèrement demandée si j’avais un trouble alimentaire. Si c’était justement ÇA avoir un trouble alimentaire; calculer sa nourriture, toujours faire attention , se peser souvent et vouloir maigrir plus… Pis j’ai été obligée de m’admettre que oui, c’était peut-être ça avoir un trouble alimentaire, que c’était pas parce que je ne souffrais pas d’anorexie ou de boulimie que je n’avais pas un début de maladie. Si vous saviez comment, avec le recul, je suis contente d’avoir eu peur cette journée-là! Merci mon Dieu!

La prise de conscience.

Cette peur qui m’a prise dans la voiture en sortant du bureau du médecin m’a fait prendre conscience d’une foule de choses! Premièrement, j’avais atteint mon « objectif » d’être capable de me trouver des vêtements sans problème et j’avais perdu le double de ce que je voulais perdre initialement. Néanmoins j’ai réalisée aussi que c’était pas une vie de toujours « faire attention ». Un moment donné, y’a toujours ben un bout à essayer de tout contrôler! J’ai aussi pris conscience que j’avais un amoureux et qu’il m’aimait. Il me désirait aussi et ce même avant que je perde du poids. Pis surtout, que le but dans la vie, c’était pas d’être mince, mais d’être en santé.

Aujourd’hui, ça fait presque 4 ans de ça. Je n’ai pas repris le poids que j’avais perdu. Pas parce que je « fais attention », au contraire. C’est plutôt parce que j’aime manger sainement et que naturellement je me suis maintenue ainsi. En plus,  sans effort et sans rien faire de spécial.

Entre-temps, j’ai aussi eu un bébé (le plus beau du monde). Quand j’ai commencé à engraisser pendant ma grossesse, j’étais tellement contente d’avoir une bedaine, mais j’pouvais pas m’empêcher de me demander si j’allais retrouver ma taille après l’accouchement… Pis soudainement, j’ai eu des problèmes dans ma grossesse et mes considérations corporelles ont pris le bord assez vite! J’aurais eu beau prendre 150lbs, tant que mon bébé était en santé, ça m’aurait passé 10 pieds par-dessus la tête! L’ironie du sort, c’est que mon bébé avait un retard de croissance in-utéro dû à un problème d’échange entre lui et moi et du coup, à l’hôpital, je devais manger des portions doublées afin que mon bébé reçoive un maximum de nutriments. J’aurais quadruplé, quintuplé, sextuplé mes portions s’il avait fallu et je vous confirme que mes grosses fesses, c’était le dernier du dernier de mes soucis!

Bien manger ou trouble alimentaire.

Si j’vous raconte un p’tit brin de mon histoire dans ce mois de l’alimentation, c’est pour vous dire qu’un trouble alimentaire, ça ne s’accompagne pas toujours de gavage ou de vomi. Si l’alimentation prend toute la place dans une vie, que si manger un biscuit Oréo ça vient avec de la culpabilité, que si le chiffre sur la balance (utilisée plusieurs fois par semaine) est toujours trop gros et surtout que si manger ça arrête d’être le fun, ben c’est peut-être ben ÇA un trouble alimentaire. Quand on est là-dedans, le fil est tellement mince qu’il faut être tout un funambule pour réussir à ne pas tomber!

 

 

Manger, ça devrait toujours être un plaisir. Pas un stress. C’est probablement le fait que dans ma famille, les repas ont toujours été un grand plaisir qui a fait en sorte que j’ai réussi à être une assez bonne funambule pour ne pas tomber. Toute une chance! L’alimentation, ça ne devrait pas être des mathématiques avancés ni un ramassis de calculs compliqués. En réalité, manger bien, manger équilibré et se faire plaisir souvent, c’est ça la vie!

Je vais me souvenir toute ma vie de ma première journée au secondaire, de mon premier baiser avec mon chum et de la naissance de mon fils. Mais je vais aussi me souvenir toute ma vie du jour où mon médecin m’a dit exactement ce qu’il fallait, exactement au bon moment. Je suis encore très fière de ma perte de poids, mais je suis encore plus fière d’avoir compris juste avant de tomber!

Texte par : Le Carnet d’une Maman etc.

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