Mon reflet déformé du miroir.

Mon nom Nadine Blanchette et voici mon histoire :

 
Je suis née un 15 juin. Cette année-là c’était un dimanche bien spécial, celui de la fête des Pères. Je fus le cadeau à mon papa. Je viens de ce que l’on appelait alors encore l’Île-Jésus, Laval pour les plus jeunes. J’ai été choyée d’une belle grande sœur.

 
Arrive un jour, le secondaire. Alors que pour beaucoup, la difficulté se trouve en début, moi je la frappe à mes 2 dernières années. Changement d’école, je me sens isolée et  je n’arrive nullement à m’intégrer à ce nouvel environnement. Je LA déteste, et je m’isole en réaction à ce que je vis. Je n’ai pas le choix d’être à cette école, et mon corps réagit mal. Je perds l’appétit.

 
Je fais mon entrée dans un cégep, seul, car j’ai décidé par choix de ne pas suivre le troupeau et aller dans le même que tous mes amis. Départ seul, dans un nouvel établissement… Je fais quoi ? Réaction habituelle, je m’isole. Ma première amitié aura ainsi la même personnalité que moi.



Réaction en chaîne, on se soutient dans notre mal sans même le savoir. On est des perles de savoir ; sur tous les aliments qui sont vides de nutriments, calories et apports pour nous. Je demeure à un poids qui est relativement santé. J’excelle au niveau académique, je fais plusieurs heures à mon boulot et je continue à être présente dans les activités familiales.

 
L’été qui suit, marque un tournant où je tombe dans un tourbillon. J’ai été marqué par un individu à la sortie des cours dans le stationnement. Je me souviens qu’il pleut, que j’ai crié, que j’ai pleuré, que j’ai eu mal. Je me souviens avoir eu une crise de rage de retour à la maison détruisant ma chambre, lançant tout ce qui s’y trouvait. Mais, jamais un son n’est sorti, aucune parole, aucun aveu.

 
C’est à ce moment que tout déboule et explose. En façade je demeure forte et en contrôle, ne laissant rien paraître, mais mon corps accepte de moins en moins la nourriture. Au bout d’une année, mes parents, ma famille, ne peuvent qu’admettre que j’ai un trouble. Je finis en clinique avec soutien psychologique, je ne pèse alors que 81 livres du haut de mes 5 pieds 2 pouces.

 
Je débute l’université et suis heureuse, mais le mal est désormais en moi. Je suis heureuse dans des études et avec de bons amis, mais mon corps a déjà été affecté et je ne monterai jamais bien plus haut que les 100 livres. À la fin des études, on me propose de faire des lectures auprès de jeunes du secondaire sauf que je refuse à plusieurs reprises. Puis, je cède et ferai des lectures à deux reprises devant de jeunes filles. De les voir, si faibles et fragiles devant moi, je réalise que je ne voudrais pour rien au monde que ces belles jeunes filles ne prennent le même chemin que moi.



Mais, les coups durs se poursuivent et après un accident de route où je termine comme une poupée de chiffon sur la chaussée, j’apprends que jamais je ne pourrai porter d’enfants. Sur le coup, j’absorbe le verdict sans trop d’émotions… du moins c’est ce que je crois. Mais je retombe tout doucement, de façon insinueuse dans mes vieilles habitudes qui sont si confortables et réconfortantes pour moi. Un mal si ajoute, car je ne veux pas que les gens voient que je suis de nouveau faible. Je mange donc sans soucis, pour eux, et les tours à la salle de bain suivent immanquablement après tous les repas.

 
Je grandis, et quitte le nid familial… seule, on perd l’appétit et je retombe encore plus. C’est facile de pouvoir se payer autant de chaussures quand le budget de l’épicerie se limite à 20 $ semaine.
Les années ont passé. Je suis maman de deux petits amours (avec beaucoup d’embûches, j’ai mes petits miracles). J’ai surtout un mari qui a déjà défoncé des portes de salle de bain afin de m’éviter de faire ressortir un repas, me bercer dans ces bras pour me consoler, me dire que je suis belle, que je suis forte.

 
J’ai 41 ans et je continue parfois à ne pas manger, à avoir des journées atroces. Le contrôle de mon corps et de ma santé est malgré tout un mal de tous les jours. Un mal que je contrôle mieux, mais qui est toujours là.

3 thoughts on “Mon reflet déformé du miroir.

  1. Cet article est tout simplement touchant avec son authenticité! Les troubles sont tellement surnoit et et je souhaite a l’auteure du texte d’apprendre a s’aimer telle qu’elle est!

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